Faial et Pico, volcans et tremblements

Faial et Pico, volcans et tremblements

 

Jeudi 12 juillet 2012. Nous quittons la marina de Lajes das Flores non sans une petite émotion. Nous nous étions attachés à cette petite île pleine de charme et à sa marina à l’échelle. Il pleut et notre comité de départ se fait mouiller sur le ponton en agitant les bras. Au programme immédiat : 130 miles environ jusqu’à Horta, la plus grande marina des Açores, à la pointe sud-est de l’île de Faial.

 

Départ de Flores sous la pluie, avec le comité de départ et Yves en bout de ponton

 

Até logo Flores

 

La navigation est agréable, avec du vent toujours, un peu de spi le vendredi matin, et des cachalots croisés sur la route, dont une mère avec son petit nageant serré contre son flanc. Ils passent lents et majestueux, on les reconnaît à leur tête carrée et à leur petit aileron. Ils vivent tranquilles maintenant dans les eaux Açoriennes, après avoir été chassés pendant plus de deux siècles.

 

Un peu de spi pour la route

 

 

En début d’après-midi, nous arrivons à Horta. Venant de la petite marina conviviale de Lajes das Flores, le choc est rude, car celle d’Horta est immense. Et pourtant, elle est pleine, et pour quelques jours, nous serons à couple avec Pélican, le bateau de Marco que nous avions rencontré à Lajes das Flores. Horta et sa marina sont des incontournables pour les navigateurs, d’ailleurs nombreux sont ceux qui ne la contournent tellement pas qu’ils ne connaîtront pas autre chose des Açores. Les murs, les rues, bref, toutes les surfaces à peu près planes autour de la marina, sont couvertes de dessins des bateaux de passage. Certains datent de plus de vingt ans. Il y a tous les styles, gribouillage sommaire, dessin naïf, vraies œuvres d’art, c’est sympa de voir les noms de bateaux et toutes les nationalités qui sont passées par là. On n’a pas retrouvé de trace du passage en 1895 de Joshua Slocum, parti de la côte est des Etats-Unis pour la première circumnavigation sur un voilier, le « Spray », un ancien bateau de pêche aux huîtres, gréé en cotre, long de 11,20 mètres et large de 4,30 mètres. Mais c’est vrai qu’à cette époque il n’y avait pas encore de marina …

 

Sahaya dans la marina d'Horta, avec le Pico en toile de fond

 

Pekka concentré sur son dessin de Sarema

 

Horta est une grande ville, les rues du centre et les trottoirs sont pavés, les monuments et les jardins se laissent visiter en flânant. Une ruelle vous emmène sur la plage de Porto Pim, où veillent encore des bâtiments d’anciennes usines baleinières, avec de grandes cheminées qui devaient cracher sombre pour fondre l’huile de cachalot. D’anciennes photos en noir & blanc montrent le port d’Horta où sont mouillées des dizaines de baleinières venues des Etats-Unis. A partir des années 1900, c’est tout l’archipel des Açores qui vit de et pour la chasse à la baleine. Les côtes de toutes les îles sont émaillées de petits miradors, les « vigias das baleias ». Les hommes s’y relayaient pour l’observation, et communiquaient par des codes convenus, fumées, signaux, etc. : repérer les cachalots, suivre leurs mouvements, avertir le village pour que les chasseurs se jettent à l’eau, puis, si la chasse est bonne, pour que ceux qui sont restés à terre se préparent à découper et traiter la graisse de ces gros cétacés. La mer devait être rouge … Mais la chasse se faisait au harpon, depuis des barques maintenant reconverties en bateaux de régate colorés. Le commerce de l’huile de baleine a été tellement florissant dans la première moitié du XXème siècle que beaucoup de pays s’y sont mis, et que le marché s’est retrouvé saturé. Beaucoup d’Açoriens ont émigré, les usines ont fermé les unes après les autres dans les années 1970, et la chasse baleinière a été officiellement arrêtée en 1987. Il reste la mémoire qui n’est finalement pas si vieille, les « vigias das baleias », sans autre veilleurs occasionnels que les randonneurs qui passent, des musées, et quelques objets pour touristes en « scrimshaw », la gravure sur dent de cachalot, que les marins pratiquaient pour tuer le temps.

 

Horta et la baie de Porto Pim, où fut construite la première usine baleinière

 


 

Les céramiques bleues devant le marché municipal

 

Une des nombreuses fontaines

 

La clope du matin à l'angle du café ...

 

Faial est une île assez trapue, et son point le plus haut passe par le rebord circulaire d’une caldeira. Nous y montons en VTT depuis Horta, près de 1000 mètres de dénivelée, et nous abandonnons nos montures pour finir le tour à pied. Le temps est clair, et cette vue circulaire nous permet de voir plusieurs îles voisines : Graciosa, São Jorge, et bien-sûr Pico, la plus proche, et son volcan du même nom, avec son cône presque parfait qui vient chatouiller les nuages à 2351 mètres. Le plus haut sommet du Portugal mine de rien, qui offre un paysage toujours en mouvement depuis Horta : dégagé, en écharpe ou bonnet de brume, coiffé d’un petit nuage lenticulaire comme un coquet béret, paré des lueurs pourpres du soleil couchant …

 

 

Sur le bord de la caldeira de Faial

 

En revenant vers Horta, et le Pico toujours ...

 


 

En attendant le bon jour pour y grimper, nous louons un scooter pour faire le tour de Faial. La pointe sud-ouest de l’île a connu un épisode volcanique intense avec l’éruption du volcan Capelinhos du 27 septembre 1957 au 24 octobre 1958. L’éruption est d’abord sous-marine, à environ 800 mètres du rivage, des explosions créent une île, puis une deuxième, qui vient rattacher la première à Faial. En mai 1958, l’éruption devient strombolienne, et un séisme plus puissant que les autres secoue l’île de Faial. A l’occasion de cette longue éruption, les Açoriens émigreront massivement vers le Canada. L’océan a sapé méthodiquement la nouvelle matière, et maintenant, la Ponta dos Capelinhos présente la forme d’un cône volcanique érodé, avec des falaises striées de couches de couleurs variées, cendres et laves, plus ou moins oxydées. Le phare a résisté, mais il est maintenant planté dans un paysage lunaire, enfoui jusqu’au premier étage sous les cendres.

 

125 cm3, sympa pour faire le tour de l'île

 

Ponta dos Capelinhos, et son phare en partie enfoui

 

 

 

Des plages de sable noir

 

Noir et blanc

 

 

L'attraction à la plage : un bébé phoque !

 

Philippe, regarde !!

 

Le volcanisme des Açores est de type point chaud. Mais ça ne fait pas que chauffer, ça bouge aussi ! Les Açores sont dans une zone de « triple jonction », où les plaques nord-américaine, eurasienne, et africaine se rencontrent, se frottent et se frittent. Les îles du groupe central et du groupe oriental sont situées sur la « microplaque des Açores », caractérisée par un volcanisme actif et une sismicité élevée. Nous avions remarqué pas mal de maisons laissées pour compte à Horta, bien souvent sans toit, plus qu’à moitié effondrées, côtoyant de beaux bâtiments bien entretenus, ce qui accentue encore leur état d’abandon. En 1998, la terre a méchamment tremblé à Faial, des maisons ont été abandonnées et les gens relogés. Au détour d’un chemin de terre, le phare de Ribeirinha, délaissé, expose ses fissures à la mer, vieille sentinelle éteinte. Il date de 1919. Les hommes l’ont remis debout après le séisme de 1973, mais pas après celui de 1998.

 

 

 

Faro da Ribeirinha, solitaire

 

Easy riders

 

Il nous titillait depuis notre arrivée ce Pico do Pico, cône géant autrement plus alléchant pour nous que les doucereuses glaces du géant agroalimentaire suisse qui semble avoir phagocyté les frigos des Açores … Un beau matin, nous embarquons Yves, de Rusée de Jersey dans l’aventure. Le ferry nous dépose, avec d’autres randonneurs, à Madalena. Nous nous tassons à six dans la voiture de location de nos voisins français de Maupiti, qui nous monte jusqu’à la maison forestière, 1200 mètres plus haut, et départ officiel du sentier jusqu’au Pico. Une belle ascension, la vue en vaut la chandelle. Nous voilà au sommet du volcan endormi, dominant la couche de nuages orographiques d’où émerge la silhouette longiligne de São Jorge. Endormi le Pico? Par de petites failles, les entrailles de la terre soufflent un air chaud. En descente, le chemin n’est pas si facile, le pied glisse sur les scories. Philippe règle le problème en descendant en courant …

 

Vue sur Faial depuis la montée au Pico

 

Le cône terminal

 

Faial toujours en vue, mais les nuages montent

 

São Jorge depuis le sommet de Pico, et du Portugal !

 

Debut de la descente, avec Yves

 

Retour vers les nuages

 

 

Horta se prépare à accueillir l’arrivée de la course de minis les Sables d’Olonne / Les Açores, aller et retour, prévue début août pendant la semaine de la mer : tentes, chapiteaux, et tout un ponton à libérer dans la marina. Pour nous, il est temps d’aller voir ailleurs …

 



27/08/2012
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