Hasta Cuba siempre…

Hasta Cuba siempre…

 

Dimanche 22 avril 2012, l’avion de Copa Airlines nous dépose sans encombre sur le tarmac de Carthagène des Indes, puis un taxi prend le relai jusqu’au Manzanillo Yacht Club. Le gardien nous ouvre, le chantier n’est pas très actif en ce dimanche après-midi. Les chiens somnolent à l’ombre. Nous récupérons la clé du bateau, installons une échelle pour monter à bord et découvrir … un Sahaya recouvert d’une poussière noire et un peu grasse. On peut dire qu’il en tient une sacrée couche ! Il a aussi servi de perchoir à oiseaux, et il y a même un ancien nid installé dans le filet sous le panneau solaire. Deux heures de jet d’eau plus tard, on commence à se rappeler que le pont est bleu clair. Voyons l’intérieur … Mais rien à signaler, pas de moisissures, il n’a pas dû faire si humide que ça finalement pendant notre absence.

 

Arrivée sur Carthagène

 

Il en tient une sacrée couche !

 

Nous reprenons nos marques, en commençant par faire gentiment mais fermement comprendre aux tourtereaux à plumes qui ont pris leurs aises sur le pont pendant cinq mois d’aller roucouler (et plus !) ailleurs : les patrons sont rentrés ! Il nous faut cinq jours pour préparer le bateau à naviguer : peindre l’antifooling, réinstaller voiles et tauds, rebrancher les panneaux solaires à rebrancher, faire de l’avitaillement pour 2 mois (riz, pâtes, farine, sucre, etc.). Nous faisons nos au-revoir à la Colombie avec un dernier repas « corriente » dans notre petit resto devenu presque habituel et un dernier « tinto » dans le centre de Carthagène.

 

Une voyageuse ...

 

... qui a emménagé en bateau

 

Et une couche d'antifooling pour la route

 

Retour à l'eau

 

Dernière balade dans Carthagène

 

Dos tinto por favor

 

Après la mésaventure calédonienne, nous avons finalement renoncé à nous lancer dans le Pacifique, ce qui impliquerait de prolonger le voyage encore au moins deux ans. L’idée est de rentrer tranquillement en France par l’Atlantique, en passant par Cuba, puis les Açores.

 

Samedi 28 avril, nous décollons de Carthagène, après quelques ronds dans l’eau de la baie pour étalonner le nouvel anémomètre. Il y a toujours cette petite appréhension avant de reprendre la mer, il faut toujours un peu de temps pour ré apprivoiser l’élément. 800 miles sont devant nous, nous visons la côte sud de Cuba, selon une route quasiment plein nord. La brise thermique de départ fait rapidement place à l’alizé de nord-est dès que nous quittons la zone d’influence de la côte colombienne. Vent de 13-15 nœuds, de travers, dans une houle un peu croisée. Ah …. Ce bon vieux mal de mer, cette bonne vieille connaissance, il m’avait presque manqué, mais il ne faudrait pas qu’il s’attarde plus que nécessaire. Quelques dauphins à ventre blanc viennent saluer notre départ de leur nage joyeuse dans l’étrave.

 

 

Hasta luego Cartagena

 

On ne se lasse pas de leurs visites

 

Les deux jours suivants, Sahaya tient du navire hôpital : Philippe est complètement cuit avec sa crève, et moi avec le mal de mer et le dos coincé. Peut-être que les tensions se relâchent après plusieurs mois à jouer les oiseaux migrateurs sur plusieurs continents. En tous cas, on dort énormément, sortant de temps à autre pour vérifier les voiles, les cargos, et la ligne de traîne, qui nous ramène une petite bonite. Sahaya est bienveillant avec ses deux malades, filant ses 7-8 nœuds sans rien demander. On établit même un record personnel à près de 170 miles en 24h.

 

La p'tite bonite

 

Mardi 1er mai 2012, Sahaya avance toujours à 6-7 nœuds sans broncher sous un ciel d’azur. Après 3 jours d’hibernation en haute mer, nous sommes un peu plus frais, et la guitare fait sa réapparition dans le cockpit. Une petite hirondelle se perche furtivement sur l’artimon. Dans la nuit, le vent mollit et devient plus irrégulier quand nous passons à hauteur de la Jamaïque.

 Le lendemain, vent et houle se lèvent, et je disparais discrètement du paysage audiovisuel, laissant Philippe œuvrer seul. La nuit est calme, sans cargo à signaler.

 

Il avance tout seul ...

 

Jeudi 3 mai 2012 : Terre ! Cayo Largo apparaît, c’est une île corallienne assez plate, entourée d’un lagon. Depuis la mer, on ne voit que les arbres qui semblent sortir de l’eau. Nous approchons prudemment car les bouées sont trompeuses, d’ailleurs un catamaran semble en avoir fait les frais et est posé sur le corail. Nous nous annonçons à la VHF pour aller faire les formalités dans la marina de Cayo Largo qui est un port officiel d’entrée à Cuba C’est l’occasion d’expérimenter l’administration cubaine. A peine amarrés, quatre personnes se présentent au bout du quai, prennent nos passeports, puis montent à bord, en nous demandant très aimablement si nous souhaitons qu’ils enlèvent leurs chaussures. La douanière en minijupe a du mal à enjamber les filières, et demande en rigolant à son collègue qui l’aide de ne pas regarder ! Il y a donc la douane, les autorités portuaires, l’immigration, tous des gens charmants qui remplissent des tas de papiers. Puis un monsieur très sérieux prend la relève, enfile des surbottes sur ses chaussures, et monte à bord avec son épagneul sniffer de drogue. Il se balade partout, mais ne semble pas faire de zèle outre mesure, car son maître doit le solliciter assez souvent. Il faut dire qu’il y a pas mal de recoins pas très accessibles dans le bateau, mais il paraît qu’ils ont un bon flair même à distance. Rien à signaler, ce qui ne nous étonne guère ! Et pour finir, un agronome et un vétérinaire passent en revue la nourriture du bord : scrutant à la loupe les petites bestioles sur les fruits, dans les paquets de riz, dans les boîtes d’épices. Il faut aussi sortir le contenu du frigo. Là, ils se concertent sur une tranche de jambon, et un fromage emballé, se grattant le menton … Normalement, il leur faudrait les sceller, nous disent-ils, mais comme ils nous ont à la bonne, ils vont indiquer sur le papier officiel que nous n’avons rien à bord qui doive être scellé (il nous faudra donc manger tout ça avant le prochain contrôle à la prochaine escale). Et on leur donnera le prix des deux scellements fictifs, 10 CUC (Peso Cuban Convertible), directement de la main à la main le lendemain dans la rue ! C’est aussi la découverte de la débrouillardise cubaine, les petits arrangements à l’insu de l’état pour améliorer un ordinaire qui l’est beaucoup trop. Mais on en reparlera.

Deux heures et demie de formalités plus tard, nous partons savourer la tranquillité du mouillage de Cayo Largo, après nos cinq jours d’une navigation rapide depuis la Colombie.

 

On arrive !

 

Au mouillage à Cayo Largo. On a connu pire.



11/07/2012
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