Le Caillou sur la route ...

Le Caillou sur la route …

 

Mardi 8 novembre 2011, un petit comité de départ nous fait signe depuis le quai de la marina de Santa Marta : Jacques et Marie de Hic Nunc, Romain de Quizas que nous avions rencontré au Marin et qui est arrivé depuis quelques jours, Dom’ et Dom’, les équipages de Lacaraba et de Galinette, des bateaux français en escale en Colombie, et Obiert, un des marineros. Avec un peu plus de deux mois de présence ici, nous sommes presque les « doyens » de la marina ! Le séjour s’est prolongé plus longtemps que prévu. C’est vrai qu’on ne vous dit pas tout dans ce blog … Ce qu’on ne vous a pas dit, c’est que depuis l’été, je suis en contact avec un bureau d’études pour un poste d’hydrogéologue … en Nouvelle-Calédonie. Et que les choses se sont bousculées ces deux dernières semaines, nous faisant attendre d’abord, puis nous décider à laisser le bateau en Colombie, pour répondre à l’urgence d’un contrat qui devait démarrer en décembre ! La Nouvelle-Calédonie … Dite « le Caillou » … Au fin fond du Pacifique, difficile de faire plus loin … C’est juste au bout du monde, et il me faut bien me résoudre à y aller en avion, stratagème aérien pour répondre aux impératifs terrestres retrouvés, et laisser à Philippe la lourde tâche de revenir s’occuper de Sahaya en mars prochain. Avec un ou des équipier(s). Et à ce propos, à bon entendeur !

 

Le comité de départ de Santa Marta

 

 

 

Mais revenons à notre départ de Santa Marta, en direction de Carthagène, où nous avons pris rendez-vous avec un chantier pour laisser le bateau au sec pendant quelques mois. A peine partis, un bruit inhabituel se fait entendre en provenance de l’hélice, et Philippe plonge pour vérifier qu’elle n’est pas en train de se faire la malle. Mais non, le capitaine ne voit rien d’anormal en plongée, et finit pas trouver la cause en surface : c’est le frein à disque qui frotte, rien de grave donc. Le vent faiblit très rapidement, et nous devons lancer le moteur. Ressentis très bizarres pour cette navigation à deux qui est la dernière avant un bon moment, et les mois de séparation à venir, et laisser Philippe ramener le bateau, et … Bien sûr, il y a l’enthousiasme de la découverte d’un nouveau lieu de vie, d’un nouveau boulot, mais pour l’heure, c’est la mélancolie qui l’emporte et je ressens ces moments où l’étrave de Sahaya trace notre route comme un manque à venir … Surtout qu’on dirait que les éléments se sont donnés le mot pour nous faire regretter d’être partis ! Un peu tard, il est vrai. Tous les sites de voyageurs s’accordent là-dessus : il vaut mieux passer au droit de l’embouchure du fleuve Magdalena de jour, pour éviter d’éventuels troncs d’arbres et autres encombrants que ses flots musclés emportent à plusieurs miles en mer. Et on se retrouve dans la zone en pleine nuit, et sous un orage du tonnerre (de Dieu évidemment, mais ça allait de soi dans un pays très catholique !). Pluie battante, visibilité nulle, feu d’artifice en plein ciel, et foudre qui tombe à grands fracas autour du bateau. Je n’en mène pas large … Bien sûr, notre coque acier fait cage de Faraday, et nous ne risquons donc pas grand-chose. On a juste un peu peur pour l’électronique du bord, en cas de foudre sur le mât. Et même si Philippe a installé un paratonnerre, par sécurité, il éteint les appareils électroniques et débranche l’antenne VHF. Restent le moteur, et le pilote automatique, qui nous emmènent sans broncher au milieu de la tourmente. « Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs … » chantait l’ami Georges, qui aimait bien les orages. Une fois passé l’orage, la fin de nuit est plus calme, seulement marquée d’éclairs lointains sur l’horizon.

La journée du mercredi ne restera pas dans nos annales personnelles des navigations d’anthologie … Elle sera laborieuse, au moteur, à tirer des bords pas loin d’être carrés avec le vent et du courant dans le nez. Seul événement à signaler : la pêche d’une petite bonite, que l’on remonte à temps car elle a déjà été goûtée : il lui manque la queue ! On a un peu l’impression de manger les restes des autres, mais ce sont de bons restes !

Enfin les lumières de Carthagène se rapprochent, et nous négocions la passe au sud de Boca Grande, un passage étroit avec 3 m de fond ouvert dans l’ancienne barrière sous-marine construite par les Espagnols au XVIIIème siècle pour protéger l’entrée de la baie.

Juste après la passe, des pêcheurs sur leur barque nous font de grands signes, puis viennent à nous, mais on ne comprend pas un traître mot de ce qu’ils veulent nous dire. On comprend mieux une fois que Sahaya n’avance plus, pris dans leur filet qui barre toute l’entrée ! Heureusement, on ne s’y est pas emmêlé, un coup de marche arrière suffit pour nous dégager, et les pêcheurs éclairent l’extrémité du filet à contourner. Perdón …

 

Ciel plombé ...

 

Ca y est, vers 22h, l’ancre est mouillée dans la baie de Carthagène. Mouillage très urbain, cerné de grands immeubles, l’ambiance est assez étrange, mais la nuit est calme malgré tout.

Le jeudi matin nous révèle de nombreux bateaux voisins que nous avions déjà vus à Curaçao, ou à Santa Marta, ou les deux.

 

 

Vues du mouillage de Carthagène au matin

 

On décolle dans la matinée pour rejoindre le chantier Manzanillo Marina Club, que l’on atteint après un petit gymkhana dans la mangrove. Fausse joie quand les gens du chantier nous accueillent dans la cale de sortie du travel-lift … Fausse joie, car non, finalement, peut-être que mardi, ou mercredi, on saura si un des bateaux du chantier est remis à l’eau et s’il y a une place pour nous au sec. Rien de sûr quoi … En attendant, nous restons à quai de la petite marina, pour plusieurs jours d’attente pas franchement agréables, dans une chaleur moite pire encore qu’à Santa Marta, avec des moustiques, et nombre d’incertitudes sur la suite. On commence quand même à ranger et déshabiller Sahaya, à mettre à l’abri des méchants UV tropicaux tout ce qui peut l’être : voiles, lazy bags, etc. Dans l’intervalle, j’apprends que finalement, je ne suis attendue en Nouvelle-Calédonie qu’en janvier, toute cette précipitation, et cette navigation à marche forcée au moteur pour ça ! Mais nous avons déjà enclenché les formalités et payé pour plus de 300€ de taxes diverses pour rester en Colombie (prolongation de nos visas, sortie de Santa Marta et entrée à Carthagène, extension de permis de séjour pour le bateau), alors c’est difficile de changer de plan maintenant, pour aller jusqu’à Panama et profiter ensemble des Samblas avant de rentrer en France ? D’un autre côté, on n’a pas de place au sec en vue à Panama, et c’est quand même mieux pour un bateau acier d’attendre des jours meilleurs hors de l’eau. Surtout que de l’eau, le ciel de Carthagène nous en envoie déjà de copieuses rasades quasi quotidiennes, et que celui de Panama en serait encore plus généreux. Alors …

 

 

 

En route vers Manzanillo

 

Une place à l'eau en attendant une place au sec ...

 

En face d'une base militaire

 

Mardi 15 novembre, la sortie de l’eau se confirme, et Sahaya se retrouve pour la deuxième  fois de l’année dans les bretelles d’un travel-lift. Un des gars du Manzanillo Marina Club a plongé pour vérifier que les deux sangles sont bien placées. La sortie de l’eau est toujours un moment angoissant, et si une sangle cassait, ou glissait ? Et que se passerait-il si le bateau tombait ?? C’est à l’aune de cette pensée optimiste que je pèse mes choix … Mais tout se passe sans problème, et Sahaya se retrouve bien calé.

 

Une dernière vérification du capitaine avant la sortie

 

Et une ...

 

Et deux ...

 

Et trois ...

 

En attente ...

 

Quelques jours de préparation de bateau et de bagages, et le vendredi 18 novembre, nos deux gros sacs attendent avec nous un taxi pour l’aéroport de Carthagène. Salut Sahaya … A le laisser comme ça sur ses bers dans un pays lointain, j’ai le cœur gros, comme si on l’abandonnait, coupé dans l’élan. Plus d’un an de vie mine de rien, dans ce « tas de ferraille » comme le surnomme Philippe dans ses bons jours, et du chemin parcouru. Une consolation dans ce départ à l’ambiance morose : nous allons faire escale à Bogota, pour revoir nos amis Pierre et Stellita, rencontrés à Villa de Leyva.

 

Hasta pronto Sahaya ...



15/12/2011
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