Les débuts de Sahaya ou … plus jamais ça !!

Les débuts de Sahaya ou … plus jamais ça !!

 

L’histoire avec Sahaya commence en 1999, alors que je travaillais comme accompagnateur en montagne à la Réunion. Il me plaisait d’organiser, pour des clients sympas rencontrés en trek, des croisières charter en Corse sur le « Lady Margot », un Sunrise que me louait un copain. Ça me permettait de rentrer en métropole, de voir la famille et les amis, de naviguer un peu, et aussi bien sûr d’aller en Corse, et de faire découvrir cette île que je trouve si exceptionnelle et dont je ne me lasse pas.

 

La Réunion

 

Et son volcan

 

Canyoning dans "Fleur Jaune"

 

Dans les sentiers du cirque de Mafate

 

Mon histoire avec la mer et la voile a démarré depuis tout petit. Un père Capitaine au long cours n’est peut-être pas pour rien dans tout ça … En tous cas, dès 4 ans, je n’avais qu’une idée en tête pendant les vacances d’été à Royan : naviguer sur le voilier de mon oncle ! Ensuite, ce sera les classes en dériveur, bonne école pour apprivoiser le vent, les régates en dériveur, habitable, la planche à voile, le monitorat de voile. Et dans un coin de la tête, l’idée d’avoir un bateau et de partir en voyage. J’embarque même sur des cargos en tant qu’officier radio, mais je m’y ennuie vite. Il faut dire que mon attirance pour la mer s’estompe un peu comme je viens de découvrir la montagne …

 

Pendant plusieurs années donc, mon rêve de mer s’était un peu assoupi. Reprenons le récit en juillet 1999, au retour d’une des croisières en Corse. J’étais à Balaruc-les-Bains, et il me restait quelques temps avant mon avion de retour pour la Réunion, quand je rencontre un ancien copain. La conversation nous amène à parler de bateaux, de mon rêve d’en acquérir un, un jour et de partir avec … C’est alors que ce copain me dit que justement son beau-père, de retour du Brésil, vend le sien, et qu’il est visible à Balaruc. Aussitôt dit, aussitôt fait, je fais la connaissance du beau-père, Didier, je passe prendre mon père, qui est aussi expert maritime, et nous voilà partis voir ce bateau.

 

C’est la tête pleine de rêves et d’espoirs de grands voyages que je rencontrais pour la première fois Sahaya, qui s’appelait alors « Ceal 2 ». Il était parqué dans un coin assez sordide entre Sète et Balaruc, une sorte de terrain vague, plus ou moins décharge, au bord de l’étang de Thau. Plutôt mal famé ... Franchement, il ne payait vraiment pas de mine, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il pissait la rouille de partout, et j’appris par Didier, son propriétaire, qu’il venait d’être vandalisé sur ce terrain mal fréquenté. Tous les winchs avaient disparus, et les vandales avaient carrément tronçonné l’arbre pour voler l’hélice ! Didier était assez écœuré, et ne demandait pas très cher (relativement) de son bateau.

 

Première rencontre ...

 

Un peu de boulot ...

 

Si j’avais une bonne expérience de la voile, je n’y connaissais pas grand-chose en matière de construction de bateaux, en particulier en acier comme celui-là. Je ne réalisais pas vraiment l’ampleur des travaux à entreprendre … Mais mon père me disait que la coque semblait saine, le prix plutôt attractif et à ma portée. Et toujours cette excitation de réaliser enfin ce rêve, avoir un bateau et pouvoir partir ! En deux jours l’affaire fut conclue, juste avant que je ne reprenne l’avion pour la Réunion pour démarrer la saison de trekking.

 

C’est mon père qui en mon absence, dut s’occuper seul du bateau, lui trouver une place au sec pour le mettre en chantier à Balaruc, et organiser son transfert. Il fit aussi venir un expert pour sonder les épaisseurs de tôle, et fit réaliser quelques premiers travaux. Je pensais encore à l’époque qu’il suffirait de quelques coups de peinture, d’un peu de bricolage, de quelques matériels d’équipement supplémentaires, que je pourrais m’occuper de tout ça pendant les périodes creuses du trekking, et qu’en un an, allez deux tout au plus, le tour serait joué !

 

Evidemment, il en fut tout autrement ! J’avais naïvement très largement sous estimé l’entreprise !

 

Remise à l'eau pour venir dans la zone de mise en chantier de Balaruc

 

Drôle de zèbre

 

Mais que je vous fasse les présentations : Sahaya, ou plutôt Cela 2, est un ketch en acier de 13,10 mètres de long et 4 m de large, un dériveur lesté, pesant une quinzaine de tonnes, et calant 1,20 m dérive relevée et 2,20 m dérive baissée. Il a été immatriculé pour la première fois en 1979, sous le nom d’Exaudus, et ce serait peut-être un plan d’inspiration Langevin ?

 

Début 2001, j’ai quitté la Réunion et me suis réinstallé définitivement en métropole, pour me consacrer entièrement à la réfection du bateau. Il faut dire que comme j’étais disponible mais peu fortuné, je tenais, malgré mon inexpérience et mon aversion pour le bricolage, à réaliser tous ces travaux moi-même. Il m’aura fallu près de 5 années de labeur et de galères avant sa première mise à l’eau fin 2004. Je ne compte pas toutes les désillusions, tout ce qu’il a fallu faire et refaire etc. Car j’ai dû en effet quasiment tout refaire ! Depuis la coque où de grandes parties de tôle, trop corrodées, ont dû être remplacées. L’arrière était droit, et j’ai rajouté une jupe, avec l’aide de Didier, ce qui a affiné la silhouette. Puis le sablage et les peintures de coque, grosses et délicates opérations pour lesquelles j’ai dû construire une serre par-dessus le bateau, qui menaçait de s’envoler à chaque coup de Tramontane.

 

Arbre d'hélice tronçonné !

 

Sacrées taches de rouille !

 

Démontage du moteur

 

Démontage de la dérive

 

Sous serre

 

Sablage : opération délicate et primordiale pour une coque acier

 

Didier à la soudure

 

Un gros morceau de fini : les peintures de coque

 


 

Jusqu’à l’aménagement intérieur que j’avais dû arracher entièrement pour pouvoir accéder aux tôles pour vérification, et ensuite remplacer, l’isolation, les vaigrages, l’ameublement, le circuit électrique, les circuits d’eau, etc.

Passons sur le pont : installation d’un gréement et d’un accastillage un peu modernisé, pose d’un enrouleur de génois, de winchs etc.

 

L'intérieur initial et en cours de démolition

 

Il commence à ressembler à un ketch

 

Vu du mât : le cockpit est encore un vaste chantier

 

Ça a beau être un voilier, il n’y en a pas moins besoin d’un moteur : réinstallation du moteur avec des périphériques plus modernes, alternateur, accouplement, presse étoupe etc. C’est un dériveur, et la dérive pèse une tonne … J’ai bricolé un système hydraulique de montée/descente de la dérive avec une pompe hydraulique de suspension de BX et un démarreur de Clio. La débrouille toujours, trouver des astuces pour que ce soit pratique et que ça coûte le moins possible ! Mais ça prend du temps … Près de la moitié du temps a été passée à rechercher justement des alternatives à l’achat de matériels neufs. Faire soi-même, recherche d’occasions, d’innombrables heures passées dans toutes les puces nautiques de la région, un bon moyen de trouver le matériel à faible coût.

Je peux me targuer d’avoir refait ce bateau avec près de 90% de matériel de récupération et d’occasion. Le marché du « yachting » est un marché pour gens très aisés, de plus en plus le bateau devient un produit de luxe et un « signe extérieur de richesse », et le matériel est abusivement cher ! Le marché s’est orienté vers d’avantage de grand standing …

 

Elles sont loin les années « Moitessier » ! Epoque où les belles aventures de ce marin écrivain hors pair, ont donné vocation à de nombreux marins en herbe aussi infortunés qu’avides d’océans lointains. Ce fut la grande époque des années 70, où ces candidats aux voyages construisaient et équipaient leurs bateaux avec les moyens du bord, avec des matériaux bon marché et à la portée des constructeurs amateurs : acier, ferrociment, contreplaqué, etc. Certains n’ont jamais pris la mer, mais beaucoup sont partis quand même, seuls ou en famille. Une des devises de Bernard Moitessier, c’était « partez d’abord, vous finirez de préparer le bateau en route ».

 

Système hydraulique pour relever la dérive d'une tonne

 

Mais bon an mal an, ti pas ti pas, ça prenait forme, et la première mise à l’eau de « Ceal 2 » a eu lieu en septembre 2004. Grand moment ! C’était émouvant d’entendre tomber les bers qui avaient supporté le bateau pendant toutes ces années, puis de le voir s’envoler dans les airs, pris dans les sangles et suspendu au bout de la grue pour être posé sur une remorque. Car le chantier à sec n’était pas tout à fait à côté de la mise à l’eau. Et entre les deux, il y avait une pente … Et le tracteur qui tirait la remorque était bien plus petit et surtout bien moins lourd que le bateau sur la remorque ! Alors pour éviter que le deuxième ne pousse le premier dans la descente, il était pris en laisse et retenu par la grue ! Emouvant aussi quand la grue dépose le bateau dans l’eau, et que les sangles se détendent … Il flotte ! Il flotte ! Champagne et photo de famille !

 

 

Premier antifouling : ça sent la mise à l'eau !

 

La grue se prépare

 

Il vole !

 

Une corde de sécurité pour retenir le bateau dans la descente

 

 

Pas gros le tracteur hein ?

 

Champagne !

 

Rangement du chantier après 5 années de travaux

 

Mais le bateau n’était pas suffisamment prêt pour s’aventurer en mer, alors nous nous sommes contentés que de quelques essais dans l’étang de Thau. N’ayant pas de place à l’eau à Balaruc, c’est dans la zone aqua-technique de Sète que j’ai continué les derniers travaux. Travaux nouveaux, et aussi d’autres presque « chroniques », comme les hublots qui cassent et pour lesquels il a fallu tester différentes techniques, l’étanchéité des dits hublots, pas toujours évidente à obtenir, les problèmes d’adhérence de peintures, etc.

 

Première sortie dans l'étang de Thau avec Anne à la barre

 

Première voile hissée

 

C’est au printemps suivant, en 2005, que des essais plus sérieux ont démarré. Avec encore des déboires sérieux, comme cette fois où après une grosse journée de travaux et de nettoyage pour transformer un chantier en voilier habitable, nous voulions tester un premier mouillage dans l’étang devant Bouzigues … En reculant pour quitter le quai, une amarre mal détachée se prend dans l’hélice, le moteur cale, on se réamarre. Ça commence bien … Il fait déjà nuit, on attendra demain matin pour que je plonge démêler tout ça … Un petit coup d’œil quand même au moteur pour voir s’il n’y a pas de problème apparent … Et là, une sacrée mauvaise surprise : une voie d’eau par le presse-étoupe ! Et ça coule assez fort quand même ! Le diagnostic est vite fait : en s’entortillant autour de l’hélice, le bout a entraîné le désaccouplement du moteur et de l’arbre d’hélice, qui a reculé. Et en reculant, la clavette est venue se positionner pile dans le joint à lèvres sensé faire l’étanchéité, et qui du coup ne la fait plus. Branle-bas de combat ! Tu parles d’une première sortie en amoureux sur l’étang ! Franz, notre voisin de ponton qui a plusieurs années de mer à son actif et en a vu d’autres (lui avait carrément perdu son arbre d’hélice en pleine mer et ne s’en est rendu compte que lorsqu’il y avait déjà plus de 20 cm d’eau dans le bateau !!) vient nous donner un coup de main et nous aider à relativiser. Je plonge de nuit pour renfoncer l’arbre d’hélice à coups de marteau, histoire que la clavette sorte du joint à lèvres. La voie d’eau en est déjà largement diminuée. On finira la nuit avec un réveil toutes les deux heures pour mettre en route la pompe de cale. Et il n’y a plus qu’à commander la grue pour sortir au plus vite le bateau de l’eau et réparer. Depuis, j’ai assuré la jonction moteur / arbre d’hélice avec des clavettes traversantes en plus du serrage conique.

 

 

Premier mouillage devant Bouzigues

 

Eté 2005 : c’est celui de nos vrais débuts avec le bateau, avec un bon mois passé vers la Corse et la Sardaigne, d’abord avec des amis, puis tous les deux avec Nathalie. Et le test des premiers coups de vent dans les Bouches de Bonifacio. Ça va, il a l’air de bien tenir la mer. Par contre, le barreur se fait doucher par gros temps, il faudra revoir ça. Et au mois d’août, j’emmène des amis aux Baléares.

 

A la Pointe Courte de Sète : première sortie de l'étang vers la mer

 

Ouverture des ponts

 

Avec les amis pour la première : Sophie et Veit, Joëlle et Bertrand

 

A l'approche du Bec de l'Aigle

 

Un rorqual commun dans la traversée sur la Corse

 

Bertrand et Philippe concentrés sur la navigation

 

Un des mouillages en Corse avec Joëlle et Bertrand, Anne et Sébastien (et Marie-Laure et Anne, planquées sur la jupe pour fumer) : apparemment tout va bien !

 

Et un peu d'escalade dans le nord de la Sardaigne

 

Au mouillage à l'île de Caprera - Aquarelle de Joëlle

 

Au mouillage devant Tavolara

 

Pizza : la première d'une longue série !

 

 

 

Traversée des Bouches de Bonifacio : ça mouille

 

Départ pour la traversée retour depuis le Cabo Rosso, en Corse

 

Escale dans les Calanques

 


 

Dans les eaux bleues de Formentera, aux Baléares

 

Puis chaque été, nous avons refait des croisières avec des amis entre Baléares et Corse, en attendant de finir la préparation du bateau et que Nathalie prenne un congé avec son boulot pour nous lancer dans le grand voyage.

 

Jean-Marie heureux à la barre

 

Mouillage paisible aux Baléares

 

Pratique le site d'escalade accessible depuis le bateau !

 

 

 

Débarquement aux îles Lavezzi

 

Ah le bonheur de grimper au sein de la Corse !

 

Prendre de la hauteur ...

 

Bateau déposé dans la calanque de Morgiou

 

Olivier, conteur ariégeois dans une ode à la mer

 

Laure et Jean devant la plage de Roccapina en Corse

 

Soirée tarot aux Baléares avec Catherine et Yann, et Mélanie et Laurent

 

En 2009, je remets le bateau en chantier pour d’autres aménagements : déplacement de la barre à roue, une casquette pour protéger la descente et le barreur, une porte verticale et étanche, un panneau solaire supplémentaire, un système de chauffage, réfection et étanchéité des hublots.

 

Avec Henri au chantier à Balaruc

 

Avec Lilian pour la soudure

 

 

Sempiternelles peintures

 

Début 2010 : ça y est, Nathalie a pris un congé sabbatique, et c’est à deux et à temps plein que nous finissons les derniers préparatifs pour le grand départ. Et puis « Ceal 2 », ce nom ne nous plaisait guère … En 2006, nous avions fait un voyage au Ladakh, une région du nord de l’Inde, près de l’Himalaya, sous influence bouddhiste tibétaine, voyage qui nous a marqués. Alors Nathalie a épluché des listes de mots en sanscrit, comme on choisirait le prénom d’un gosse, et nous avons opté pour « Sahaya », peut-être pas si facile à prononcer (ni à épeler à l’étranger !), mais dont la symbolique nous plaît : à la fois « compagnon de voyage », et « porté par le vent ».

 

Vu du ciel, avec sa casquette ornée de panneaux solaires

 

Une casquette et une porte étanche

 

Menuiserie naïve pour la cuisine

 

Des housses de coussins pour le carré

 

Des tauds de voile maison

 

Laurent écrivant "Sahaya" en sanscrit stylisé

 

Un dernier antifouling

 

Mise à l'eau

 

En attente des derniers chargements

 

Visite de la famille de Nathalie avant le départ

 

Pot de départ !

 

Enfin, le mardi 3 août 2010, on met les bouts sur un Sahaya porteur de tous nos rêves, nos efforts, nos doutes … Le voyage commence …

Et la suite dans ce blog !

 

Je tiens à remercier chaleureusement les quelques amis qui sont venus prêter main forte et soutien moral pour la préparation du bateau avant sa première mise à l'eau : Anne (pour les peintures, les rideaux, et pour le rangement et ménage chroniques, si précieux pour contrer ma tendance congénitale à mettre du bordel partout) et Sébastien (pour l'aménagement de la cabine avant), Catherine et Yann pour en avoir plusieurs fois remis une couche (d'antifouling et autres peintures), Cathy de Paris, venue passer une semaine à Balaruc dans les débuts du chantier.

Et plus tard : Lilian pour ses cordons de soudure de pro, Henri pour son aide et sa générosité (entre autres cadeaux bien utiles : une antenne Wifi performante, et de l'écoute de génois toute neuve).

Et enfin bien entendu, un merci aussi à mes parents, qui m'ont soutenu pendant tout ce temps.

 

Philippe

 

C'est parti .....



22/09/2012
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