Retour au point de départ (bis)

Le retour au point de départ (bis)

 

 

Finalement, ce titre convient bien aussi pour le retour à la Martinique, point de départ d’un nouveau voyage ? A voir …

 

Vendredi 13 mai 2011, nous voilà de retour en taxi au Robert, où Sahaya nous a attendus sagement. Rodrigue, un des moniteurs de la base de voile, nous a donné les clés à l’aéroport pour que nous puissions récupérer l’annexe. Quel contraste ! Le matin de cette longue journée dans le Berry, et en début d’après-midi, un brin décalqués avec le voyage et le décalage horaire, à deux sur un bateau sous un ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle … C’est dur de reprendre ses marques, et la chaleur étouffante et moite n’aide pas. Le Robert est un havre, et pour qu’il ne devienne pas un trou dans lequel notre moral descende aux trente-sixièmes dessous, nous décidons de lever l’ancre dès le lendemain. Après un grattage de la coque car en cinq semaines dans ces eaux tropicales, c’est tout un écosystème complexe qui s’est installé et qu’il est même dommage de détruire : algues, coquillages, mini-crevettes dont nous nous retrouvons entièrement couverts. Les poissons apprécient l’opération, qui viennent en ballets grignoter ce que nous décrochons.

 

Retour au Marin, où nous retrouvons des connaissances : Lilian, Romain, et Loïc et Thaïs. Sophie et Veit ont laissé Moémoéa attachée dans la mangrove pour rentrer en métropole faire la saison de montagne. Les « trous à cyclone » commencent à se garnir de bateaux garés côte à côte, avec des amarres dans les arbres de la mangrove, et une ou plusieurs ancres à l’arrière. Pendant que nous étions en métropole, la Martinique a connu des records de pluie. Il y a encore quelques restes en ce mois de mai, avec de nombreux grains où la pluie est aussi soudaine que drue. Les alizés sont en panne, et la chaleur humide rend les journées, et surtout les nuits, difficiles, nous laissant transpirant à grosses gouttes à espérer un souffle d’air et un soupçon de fraicheur pour récupérer. Nous avions prévu de ne rester que quelques jours au Marin, le temps de voir les amis et de refaire les pleins, puis de descendre vers les Grenadines, et d’aller caréner le bateau à Carriacou. Programme initial, mais vite chamboulé. D’abord avec mes démarches qui ne sont toujours pas terminées, à essayer de démêler ce qu’il convient de faire ou pas, et quand et comment, avec Pôle Emploi, ce qui n’est pas une mince affaire … Puis c’est le début d’une longue suite de problèmes techniques, initiée par le téléphone satellite flambant neuf qui tombe en rade aux premiers essais, et qu’il faut réexpédier en métropole … « ça peut être rapide, quelques jours », nous rassure le SAV. On décide donc d’attendre le retour de ce nouveau (sans) fil à la patte technologique au Marin. Mais plus de deux semaines plus tard, toujours pas de colis à l’horizon … Et c’est juste au moment où nous nous décidons à descendre quand même aux Grenadines et nous faire expédier le colis là-bas que le vent tourne au sud-est. Pas question de devoir maintenant faire route vent debout dans un pays d’alizés ! On attendra donc une semaine de plus …

 

Lilian sur Rama

 

Moemoea "déshabillée" qui attend la saison cyclonique d'amarres fermes

 

Attente, chaleur, problèmes techniques, on perd le fil du voyage … Et les canaux de Patagonie, c’est encore si loin. C’est surtout de longues navigations en perspective, contre vents et courants. La motivation sera-t-elle assez forte, pour mériter ces paysages de rêve et ces ambiances de bout du monde dont tous ceux qui ont eu l’occasion de les découvrir sont revenus éblouis ? Est-ce qu’on n’aurait pas les rêves plus grands que les tripes ? Passer le Canal de Panama, c’est un engagement, financier en premier lieu (un filon rentable et exploité au maximum), et ensuite plus moyen de faire demi-tour, il faut continuer, nord, sud ou ouest dans le Pacifique, la porte de l’Atlantique est fermée !

 

De la motivation, le capitaine Philippe en a … pour rentrer en France par les Açores. Le moral en berne, il prend son bateau en grippe, qu’il avait rêvé faiseur de liberté, et qu’il ne voit plus que comme un gros boulet de 15 tonnes, un piège matérialiste, un ogre qui occupe le temps et l’esprit avec la résolution de tracas techniques. Il faut dire qu’il n’y met pas du sien le Sahaya, avec, en série et dans l’ordre après le téléphone : le chauffe-eau (pas encore très utile en ces contrées mais qui pourrait le devenir), les deux moteurs hors-bord (dont le 4cv que l’on avait donné à réparer …), le guindeau qui veut bien descendre l’ancre mais refuse de la remonter, le pilote automatique (de loin le plus gros problème), et enfin le pilote de secours qui refuse de poster assistance à son grand frère. N’en jetez plus … Même si mon moral n’est pas non plus toujours au beau fixe, je ne suis néanmoins pas prête à rentrer en métropole, et de mettre un terme au projet de bateau, avec un goût d’inachevé, sans en avoir fait le tour, sans avoir l’impression d’en avoir vraiment totalement profité. Un brin d’optimisme têtu me fait croire que le meilleur est à venir, même si (et que) les problèmes techniques semblent inhérents au voyage en bateau, à la lumière des expériences vécues par les nombreux navigateurs qui sillonnent le monde, et dont les quelques uns croisés en chemin. Ce bateau, ça a été près de dix années d’investissement pour Philippe. Maintenant, il se dit « arrêtons les frais et passons à autre chose ! Vive la montagne, une corde et une bonne paire de jambes, et ça suffit ! ». Et moi « après tant de temps passé, persistons encore un peu pour voir le meilleur derrière ». Deux interprétations bien différentes … Alors, envie contre volonté, intuition contre entêtement, l’équation à deux devant l’inconnu n’est pas toujours facile à résoudre …

 

Il faut dire que Le Marin, à la longue, c’est un peu déprimant. Trop de bateaux nuit à la convivialité et à la rencontre, selon le même « syndrome » que dans les grandes villes finalement. Un matin, un officiel du port fait le tour des bateaux au mouillage pour demander si nous connaissons le nom de celui qui vient de couler. Un coup d’œil par-dessus la casquette : c’est notre voisin de devant qui a pris la mer à sa façon : de plein fouet, de plein flanc. C’est vrai qu’il tenait plus de l’épave que du bateau, et je trouve ça encore plus triste qu’une maison délaissée, abandonné aux éléments : le vent, la pluie, la mer. L’annexe reste accrochée, qui semble attendre comme un chien fidèle.

 

Plus grand'chose qui dépasse ...

 

Dans ce tableau en demi-teintes de tendance sombres, quelques touches plus gaies tout de même : une soirée guitare / accordéon avec Loïc et Thaïs, Romain, et Cian et Nolwenn, de nouvelles connaissances qui s’apprêtent à rentrer en Bretagne par les Açores (Les veinards, pense Philippe …). Pour sortir de la torpeur du Marin, nous irons faire quelques mouillages à Sainte-Anne, point de départ de longs footings le long de la côte. Une fois, un chien sympa et sportif nous suivra trois heures durant, et avec encore du jus pour courir après les oiseaux et les crabes sur la plage.

 

 

Footing au départ de Sainte-Anne

 

Avec notre copain plein d'énergie

 

Enfin, pour profiter encore un peu de la Martinique, nous louerons une voiture quelques jours pour une balade sur la Trace des Jésuites, l’ascension des Pitons du Carbet (sur un sentier grimpant raide en pleine « jungle » où un coupe-coupe aurait été utile), une visite de l’extrémité nord de l’île, un footing à la Pointe de la Caravelle, la montée au Morne Larcher (où il faut faire attention de ne pas marcher sur les Bernard-L’hermite qui viennent rouler sous les pieds à notre passage, dans une stratégie de camouflage qu’on a du mal à cerner), quelques voies d'escalade sur un des très rares sites de Martinique, et une tournée des plages de la Pointe Diamant.

 

Au départ des Pitons du Carbet

 

 

La Pelée coiffée en toile de fond

 

Dans la jungle !

 

 

 

Le plaisir de retrouver du rocher

 

Au relais avant la deuxième longueur ... avant la pluie

 

Les anses d'Arlet

 

Lundi 13 juin, au mouillage de Sainte-Anne. La matinée se passe en essais de réparation du moteur hors-bord 4 cv, sans succès. « Je serais vous, je tracerais sur Carriacou, tu verras là-bas, peut-être que tu trouveras quelqu’un pour regarder ton moteur. Et au moins vous serez partis », conseille Gérard avec son accent chantant de l’Ariège. Gérard est en famille avec Fanou et leur fils Joshua sur Harpo, un catamaran taillé pour ne pas traîner en route. Nous les avions rencontrés à Las Palmas, aux Canaries, et nous venons de les retrouver au Marin quelques jours avant. Nous suivons donc ce conseil avisé, et en début d’après-midi, nous hissons les voiles en direction des Grenadines.

 

Satané carbu ....

 

Harpo, taillé pour la vitesse



22/06/2011
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