Santo Antao : des bas et des hauts

Santo Antao : des bas et des hauts (et inversement)

 

 

Un soir chez Bruno à la Bodeguita de Mindelo. Nous sommes une petite équipe, avec Laure, Sophie, Veit et Mar. Nous avons rendez-vous avec Néousa, l’amie capverdienne de Laure, qui est accompagnatrice de randonnée pour le compte de Nomade. Carte à l’appui sur la table dans la semi pénombre du fond du bar, elle nous propose des idées pour 3 jours de trek sur Santo Antao, la grande ’île voisine de Sao Vicente. En plus, il faut coordonner les deux équipes « des marcheurs qui en veulent beaucoup », et « des marcheurs qui en veulent moins », concocter un programme adapté et trouver des lieux de ralliement pour le soir ! Bon, sur le papier en tous cas, ça semble plutôt bien se goupiller !

 

6h30, le jour se lève tout juste sur Mindelo, quand Philippe et moi embarquons dans l’annexe avec nos deux sacs à dos. Premier « ramassage » sur Moemoea avec Sophie, Veit et Mar qui embarquent avec leurs sacs. Puis un tour vers les petits bateaux des grands solitaires, Bruno, puis Jade. A sept, gaillards plus sacs, ça commence à faire un peu « annexe-people » cette histoire, heureusement qu’il n’y a pas trop de clapot car le niveau de l’eau est bizarrement monté sur les bords ! Au quai de la marina, on laisse l’annexe à Jean-François, qui viendra s’installer à bord de Sahaya pendant notre absence.

 

Annexe-people !

 

7h30, le petit ferry « Ribeira de Paul » s’écarte du quai pour rallier Porto Novo, le port de Santo Antao, qui fait face à Mindelo de l’autre côté du détroit, à un peu plus de 8 miles. Il est bien plein ce ferry, bancs et chaises sont occupés, des Cap Verdiens, des sacs divers. Nous restons debout nez au balcon. La houle n’est pas si forte dans le détroit, mais le petit ferry roule quand même un peu, et une dame finit par céder au mal de mer, dommage elle était presque arrivée. Peu de solidarité s’exprime de la part de ses proches voisins, et elle reste assise un peu prostrée près de la porte de sortie. Près de l’entrée de Porto Novo, deux voiliers sont au mouillage, mais il paraît un peu précaire pour pouvoir quitter sereinement le bord pendant quelques jours. L’option mouillage à Mindelo et traversée en ferry, recommandée dans les guides nautiques, nous semble en effet plus sûre. De nombreux aluguers attendent le client à leur sortie du port pour les éparpiller dans l’île. Eparpiller est un grand mot car il n’y a que deux ou trois routes principales sur Santo Antao ! Notre équipe se scinde : Bruno, Sophie, Veit, Philippe et moi (« les marcheurs qui veulent marcher ») visons Punta da Janela, sur la côte est, d’où part notre grande randonnée. Laure et Mar (« les marcheuses qui font le marché ») s’occupent des courses pour le repas du soir et monteront en aluguer jusqu’à Cova do Paul. Rendez-vous là-haut ce soir, à la maison du frère de Néousa qui nous héberge tous pour la nuit.

 

Départ ...

 

 

A l'arrivée à Porto Novo

 

En attendant que notre aluguer se remplisse pour partir, nous achetons du fromage de chèvre local, frais et goûteux, à des marchands ambulants, qui proposent aussi bananes, oranges, pois, et petites pommes vertes acidulées. Une Capverdienne qui monte dans le même aluguer nous offre quelques « bolachas », genre de biscottes rondes et épaisses, et des figues sèches pour accompagner le fromage. Ça y est, nous sommes au complet, et le minibus s’élance sur la route littorale, au début pavée, à l’ancienne, puis asphaltée. Santo Antao présente une face aride à Sao Vicente, des pentes de volcan striées de talwegs et à la végétation rase. La route qui longe la côte est nous fait découvrir une géologie torturée, des coulées de lave, des couches de cendres, que l’érosion a modelées et hérissées de pointes. Arrivés à Punta da Janela, nous descendons de l’aluguer pour commencer la randonnée, qui nous emmène dans les terres en suivant d’abord le cours d’une « ribeira » asséchée, puis attaque le relief sur les zigzags d’un chemin en grande partie pavé. La pente est raide, et le dénivelé défile vite ! Juste un peu de hauteur, et voilà déjà de superbes paysages qui se dévoilent : vallées encaissées, terrasses cultivées, jolis villages aux maisons groupées sur les reliefs. Quel plaisir de voir du vert ! On rencontre des enfants rentrant de l’école, des jeunes faisant paître âne et chèvres, un homme qui descend une grande tige de fleur d’agave en équilibre sur l’épaule en négociant finement les virages en lacets. 1200 m de montée jusqu’à un col, et nous voilà suivant un parcours de crête jusqu’au Pico da Cruz, qui pointe à un peu plus de 1600 m. On poursuit vers Cova do Paul, un cratère bien rond dont le fond est occupé par des cultures, puis on rejoint Laure et Mar qui nous attendent à notre bercail d’occasion. 1800 m de dénivelé, ça vaut bien une petite bière non ?

 

 

De retour de l'école ...

 

 

 

Arrivée au col

 

Attention aux virages !

 

 

Sur les crêtes ...

 

 

Sophie et Veit, près du but

 

Le lendemain, la troupe se rassemble pour descendre de concert vers Ribeira Grande, ville côtière au nord-est. La montée était raide, la descente l’est tout autant, sur un chemin qui prend des airs d’escalier. Les paysages ressemblent à ceux de la Réunion, mais en plus aménagés car les terrasses semblent être parties à l’assaut de tout espace pouvant être potentiellement rendu plan, même si ce n’est que sur quelques mètres carrés. Parfois, c’est même incroyable car elles montent par petits triangles tutoyer les cimes. Santo Antao est une île très agricole : bananes, mangues, papayes, goyaves, café, ignames, maïs, pois, manioc, arbres à pain. Sans oublier la canne à sucre pour le grogue ! Le chemin longe de petites « levadas » qui acheminent l’eau dans des parcelles découpées en carrés, traverse des villages, croise des enfants qui demandent à se faire prendre en photo, certains juste pour le plaisir de se voir ensuite sur l’écran de l’appareil, d’autres pour un bonbon, un stylo, ou même de l’argent (dans ces cas-là on dit non, avec le sourire …), un monsieur qui nous montre les terrasses qu’il a aménagées dans le lit du cours d’eau pour cultiver. Arrivés au fond de la vallée qui s’élargit et où démarre une route, nous embarquons avec plaisir dans un aluguer jusqu’à Ribeira Grande. C’est une petite ville tranquille et colorée. Après la catchupa du soir, Sophie, Veit, Mar et Laure partent dormir à la belle étoile dans une plantation de bananiers à la sortie de la ville, et Philippe et moi « en bourgeois » dans une petite pension non officielle tenue par une vieille dame qui ne semble parler que créole et surtout ne comprendre que ce qu’elle veut avec un petit air canaille : elle empoche mon billet de 2000 escudos et ne semble pas disposée à m’en rendre 1000, le prix d’une nuit à deux. Je récupère mon billet après quelques tentatives d’explications infructueuses en « portugnol » (« una noite para dois », « dois noites ? », « no ! solamente una noite !, « dois mile ? », « no ! »), et nous allons le « craquer » en prenant un petit pontche dans un bar du coin. C’est plus simple !

 

 

"Tout droit" jusqu'à l'océan !

 

 

 

 

 

 

Après de bonnes nuits respectives, nous retrouvons Sophie et Veit sur le pont, pour prendre un aluguer jusqu’à Boca da Cruija, d’où part un sentier qui grimpe à un col pour dégringoler ensuite vers la mer sur l’autre versant. Ça c’est la théorie sur la carte, car les locaux nous avertissent que le sentier n’est plus pratiqué après le col, et qu’il est impossible de passer. Veit redemande encore : vraiment impossible ? Impossible !! Allons voir quand même … Effectivement, c’est un sentier qui n’est plus très pratiqué, un « sentier marron » comme à la Réunion. Mais il passe encore, des herbes folles l’envahissent, folles mais pas trop méchantes pour les jambes nues, il faut parfois chercher son chemin, le rebrousser, suivre la ravine, mais on finit par y arriver. Des maisons en ruine, quelques terrasses abandonnées, puis notre chemin buissonnier rejoint le sentier littoral qui longe la côte nord jusqu’à Ponta do Sol. Cette fois c’est le sentier officiel, large, pavé, bordé de murés, qui passe sous des falaises, descend presque les pieds dans l’eau, puis remonte vers de jolis villages comme Fontainhas, avant d’atteindre Ponta do Sol, qui doit son nom au fait que la ville reste toute la journée au soleil, sans être atteinte par les ombres des reliefs. Il ferait bon s’y arrêter, mais dommage on n’en a pas le temps, et nous sautons dans le premier aluguer qui nous dépose à Ribeira Grande où l’on retrouve Laure et Mar qui ont fait une orgie de langouste à Ponta do Sol.

 

 

 

 

Et voilà, après trois jours de trek superbes, c’est le chemin du retour à l’envers, aluguer jusqu’à Porto Novo et ferry du soir jusqu’à Mindelo. Nous avons tous été séduits par cette île, Sophie et Veit projettent même d’y retourner découvrir encore d’autres chemins.



01/02/2011
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