Tenerife : à la montagne

Tenerife : à la montagne

 

 

Dimanche 14 novembre, nous laissons les îles Selvagens à leur sauvagerie et les deux gardiens à leur solitude, ils ne devraient pas voir de bateaux de sitôt avec la météo des jours à venir. La journée se passe au moteur, et le vent se lève en cours de nuit, pendant le quart de Philippe (le capitaine), il a bien choisi son heure ! Un premier ris dans la grand-voile, puis un deuxième, la houle s’amplifie, venue du nord. On arrive en vue de Ténérife, enfin en vue, c’est une vue de l’esprit car nous voilà comme en Mer du Nord, dans le gris, le vent, le froid, les grains qui se succèdent, masses noires sur l’horizon gris : quel temps de chien aux Canaries !

 

Gris devant ...

 

Gris derrière ...

 

Fait meilleur dedans !

 

 

Arrivée près de Santa Cruz de Ténérife : ça frise après la pluie !

 

Nous rentrons dans le port de Santa Cruz pour déposer Philippe. Pendant qu’il cherche le ponton F et le Mélodie qui doit l’embarquer, nous allons demander les tarifs. Et là, mauvaise surprise ! La place est à 20 €/jour, ce qui est raisonnable, mais à cela s’ajoutent des taxes (c’est nouveau depuis cette année dans les ports publics de l’Espagne) : taxe de signalisation maritime (celle-là, il fallait l’inventer), et une autre encore, le tout pour 48 € ! Total, près de 70€ la nuit ! L’Espagne fait décidément bien payer sa crise ! Du coup, on lève le camp dans la demi-heure qui suit, en réembarquant Philippe qui n’a trouvé ni ponton F ni Mélodie. Direction la marina (privée) de San Miguel, qui n’est pas encore sur nos cartes, mais un petit coup de Google Earth nous a permis de la situer exactement. Heureusement car elle est au sud de Ténérife, nous n’arrivons qu’à la nuit noire et l’approche est délicate. Philippe consulte ses mails à l’arrivée : le Mélodie était en fait à Santa Cruz … de La Palma, et ne l’avait de toute façon pas attendu ! Il reste donc avec nous jusqu’au Cap Vert.

 

Le temps s'améliore vers le sud

 

La marina San Miguel est parfaite pour les amateurs de golf : ils sont gâtés ! Pour les autres : ils sont cernés ! Et une voiture est plus que bienvenue pour s’échapper ! Notre première visite est pour le Parc National du Teide, ce grand volcan qui pointe à 3718 m. Dommage qu’il soit si compliqué de pouvoir monter jusqu’en haut : il faut s’inscrire sur Internet pour un jour et une heure précis (pas plus de 50 personnes au sommet par tranche de 2 heures), et tout est complet pour les jours qui viennent. En attendant, nous faisons une balade au départ de Canada Blanca jusqu’à l’Alto de Guajara, à 2712 m, qui donne une belle vue sur le cirque du Teide et ses différentes coulées de lave. La plus récente a beau dater de plus de 200 ans, la végétation n’a pas repris. A la Réunion, il y aurait des arbres, mais il y pleut aussi 10 fois plus !

 

Sahaya à la marina San Miguel, sur fond de Teide

 

Comme si vous y étiez ...

 

 

 

Au-dessus des nuages

 

 

Le lendemain, nous irons en voiture jusqu’à l’extrémité ouest de Ténérife, au Faro de Teno, en prenant à l’aller la petite route de montagne escarpée entre Masca et Buenavista del Norte, où il faut laisser passer les bus dans les virages à lacets.

 

Aïe aïe aïe ! Ouille ouille ouille !

 

 

La côte ouest vue du Faro de Teno

 

A défaut du Teide, nous montons au sommet du Pico Viejo, cône volcanique à 3134 m. Un peu plus de 1000 m de dénivelée. Au sommet, la vue s’ouvre sur le Teide bien sûr, mais aussi les autres îles des Canaries : La Palma, et La Gomera. L’ambiance est minérale, et ce qui frappe, c’est le silence : peu d’insectes bourdonnants, pas d’oiseaux jouant avec le vent comme en haut des sommets des Alpes et des Pyrénées. Mais le silence ne dure pas car Philippe (le cap’tain), au bord du cratère du Pico Viejo dont il doit pressentir les qualités acoustiques, se met à faire des vocalises polyphoniques reprises par l’écho : un garçon d’ordinaire si discret ! Elles sortent Philippe (l’équipier) de sa sieste réparatrice et méritée. De toutes façons, il est temps de redescendre !

 

Dans la montée au Pico Viejo

 

On y est, le Teide est juste derrière

 

 

Les deux Philippe, La Palma en arrière plan

 

La chambre d'échos du Pico Viejo

 

 

 

Dans le ton ...

 

 

 

Les jours suivants, nous testerons l’escalade à Ténérife, sur les petites voies équipées des sites de El Rio, et surtout de Arico, considéré comme le « must » de Ténérife. Effectivement, il y a pas mal de grimpeurs, mais surtout regroupés dans les rares secteurs où sont disséminées les quelques voies en 5c / 6a ! Les Canariens équipent de façon moins démocratique qu’en France, et il faut grimper dur pour avoir le choix !

 

 

Il ne pleut pas souvent : les prises restent blanches de pof !

 

Nous testerons aussi deux grandes voies en terrain d’aventure, sur la « Catedral » dans le secteur « Roques de Garcia » du Parc du Teide. Belle ambiance et belles lumières dans un paysage somptueux, mais l’équipement est très « espagnol » comme dirait notre ami Veit et donc l’escalade est particulièrement engagée ...

 

Les "Roques de Gracia"

 

 

 

 

Au rappel

 

Début de la deuxième longueur

 

Fin de journée sur le Teide

 

Couches de cendres et de laves

 

De fil en aiguilles, voilà près de deux semaines que nous sommes à Ténérife. Nous sympathisons avec Txiki, un marinero de San Miguel qui parle français, et Agnès et Pascal, un couple de français qui part s’installer aux Etats-Unis. Par nos amis Sophie et Veit, qui carènent Moemoea au Puerto de las Nieves à Agaete, nous entendons parler de l’association « Correos de la Mar » (http://www.correosdelamar.org/), basée sur l’île de Gran Canaria, qui cherche des voiliers pour apporter des colis humanitaires au Cap Vert. Nous entrons en contact avec Martha, qui s’occupe de l’association à Las Palmas. Oui, ça les intéresse que nous emportions des colis, et Ico, qui s’occupe de la partie sud de l’île, pourrait nous les apporter à Puerto Mogan. Marché conclu ! Reste à trouver de la place à Puerto Mogan … Et ce n’est pas gagné, car la marina est déjà bien garnie d’ordinaire, mais là elle est complète avec le mauvais temps, un gros coup de sud, annoncé pour le dernier week-end de novembre. Nous restons donc au chaud à San Miguel. Une petite virée à Santa Cruz pour visiter la ville. Et juste avant la tempête, nous partons à la découverte de la pointe nord-est de Ténérife. C’est le côté au vent, et les reliefs de la Monte de las Mercedes n’ont rien à voir avec les pentes sèches de la côte sud : la végétation est bien plus riche, bien plus verte, des merles chantent dans les villages perchés dans la montagne.

 

Dans les rues de Santa Cruz

 

Lundi 29 novembre, le coup de sud annoncé est bien au rendez-vous. Les îles Canaries sont en alerte rouge pour la pluie et le vent. Martha nous dit que les écoles sont fermées. Je reste au bateau pendant que les deux Philippe partent faire quelques courses avec Agnès et Pascal. C’est là que passe le plus gros du vent et de la pluie, des rafales de plus de 60 nœuds enregistrées par notre anémomètre qui est du genre paresseux. D’autres bateaux parleront de rafales à plus de 60 nœuds, voire 70 nœuds. Ca ne dure pas longtemps, mais assez pour faire exploser quelques biminis de bateaux cul au vent. Je regarde ça bien calfeutrée à l’intérieur du bateau, roulé par les rafales, fouetté par la pluie d’orage et les vagues écrêtées par le vent. Tout est blanc autour, on n’y voit pas à 3 mètres. Les autres compères subiront l’assaut des éléments dans un magasin de bricolage, entre des cataractes d’eau de pluie tombant dans les rayons. Le ciel a fini de s’essorer, les routes sont des torrents, les bureaux de la marina une piscine, que d’eau !

Le lendemain, un petit footing le long de la côte, et les nuages découvrent le Teide coiffé d’un blanc bonnet de neige toute fraîche de la veille. Agnès et Pascal, et un autre bateau de français appareillent pour les Antilles, en faisant d’abord route plein sud pour se mettre au plus vite hors de la portée de la dépression suivante. C’est un créneau météo étroit, que nous ne prenons pas car nous avons rendez-vous avec « Correos de la Mar » à Gran Canaria. En espérant en avoir un autre peu de temps après … mais … patience ! Ce sera conté dans un prochain article !

 

Mercredi 1er décembre, Txiki vient nous saluer en prenant le café à bord. Nous partons en direction de Puerto Mogan, une des marinas les plus prisées de Gran Canaria et même de toutes les Canaries, dixit le guide nautique. Le Teide enneigé émerge des nuages pour un clin d’œil avant de retourner dans ses brumes …

 



21/12/2010
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