Prendre de la hauteur

Prendre de la hauteur

 

Départ d’Aguilas le 19 septembre 2010 au très petit matin. Philippe prend le premier quart, de 1 heure à 4 heures, au moteur surtout, mais du vent de nord-est est annoncé, viendra-t-il ? Il vient, quand je prends mon quart, de 4 à 7 heures. Quelle belle navigation, sous un ciel clair et tout pétillant d’étoiles, avec le bateau qui file au travers, puis grand largue, dessinant des volutes de plancton fluorescent dans son sillage … Instants magiques où l’esprit vagabonde …

 

Nous passons le fameux Cabo de Gata, « Cap Creous » local, à la géologie torturée, au vent arrière. Dommage que nous n’ayons pas le temps de nous y arrêter. La houle nous pousse aux fesses d’une main qui reste légère, et Sahaya se tortille un peu mais reste à plat, les voiles en ciseaux.

 

 

Poisson volant, Radio Alger à la VHF, ça sent le sud !

Le Cabo de Gata marque l’entrée dans le golfe d’Almeria, que nous traversons en tirant droit au large. Les serres mangent le paysage pour inonder ensuite toute l’Europe avec leurs productions gonflées d’eau. Le documentaire « We feed the world », et le bouquin « La noria » en parlent. Noria d’eau, de travailleurs immigrés, de camions … C’est le début de l’Andalousie, et derrière le blanc des serres se découpent les silhouettes de montagnes arides. Qui nous font bien envie !

 

On arrive au port d’Almerimar en fin d’après-midi, et la première impression est plutôt bonne : enfin des bateaux qui ressemblent un peu plus au nôtre ! Il faut dire qu’il y a de tout, en face de nous, une sorte de coffre-fort surmonté de ce qui aurait pu être une cabine téléphonique en guise de porte d’entrée. Plus de voiliers que de bateaux à moteur, de petits et de grands voiliers, certains équipés comme de grands voyageurs. Le port n’est pas trop cher (22 € par nuit, mais on arrive 15 jours trop tôt ! la « basse saison » commence au 1er octobre, et là le prix tombe à un peu plus de 9€), les toilettes un peu rustiques mais propres, on pose les valises pour quelques jours.

 

Le lendemain, nous faisons la connaissance de Maria et Juan, un couple d’Argentins qui vivent sur leur bateau à Almérimar, avec lesquels nous avons été mis en relation par Michel, un ami commun, qu’ils ont connu en Guyane et nous à Balaruc-les-Bains. Par la même occasion, nous faisons la connaissance de leur amie Josianne, une bretonne en visite chez eux. C’est bien sympathique de les rencontrer, ils sont chaleureux, et nous sommes un peu en manque de relationnel. Ils nous raconteront leur expérience de vie de voyageurs, partis qu’ils sont de Buenos Aires depuis de longues années, et ayant fait escale au Brésil, en Guyane, aux Etats-Unis, et maintenant en Espagne. Nous irons manger des tapas avec eux. La tradition andalouse je crois, veut que le verre de vin ou de bière soit servi accompagné de tapas. Ils nous font connaître un bar sympa sur la plage ouest qui en sert de bons et copieux, l’adresse est connue des locaux aussi. Un soir, la table d’à côté est occupée de femmes espagnoles en goguette. Où sont les hommes ? Devant le match de foot évidemment, au fond du bar !

 

Après deux jours de pluie et de bricolage sur le bateau, et une journée de courses à El Ejido (avec ses affiches publicitaires très ciblées : « concombre F1 », « aubergine extra mahousse », « poivron bête de concours », « ton problème : les taches, la raison : le ver, la solution : le produit !! »), il est temps d’aller voir dehors si on y est ! Nous prenons un bus jusqu’à Celin, point de départ d’une grande balade à pied jusqu’à la Fuente Alta, dans la Sierra de Gador.

 

 

Montée agréable, en partie sous l’ombre de pins, avant d’arrivée à la fontaine, qui sert aussi d’abreuvoir à guêpes ! Petit pique-nique devant la vue qui s’ouvre au sud jusqu’à la mer … et les hectares de serres toujours, c’est encore plus impressionnant vu de haut. El Ejido semble enserré dans des marais.

 

El Ejido au milieu des "marais"

 

Au début de la descente, nous rencontrons un berger, chaussé de sandales « caseras ». Il dort en chien de fusil sous un arbre au bord du chemin, son grand troupeau de chèvres éparpillé autour de lui sur les coteaux. Nous le réveillons en passant à côté de lui, il nous interpelle, demande où nous allons. On lui montre sur la carte, « A la Fuente de la Mosca », « Si ». Il se lance alors dans des explications sur les chemins à prendre et ceux à ne surtout pas prendre en dessinant des croquis dans la poussière avec le bout de son bâton.

 

Une rencontre en chemin

 

Il parle en patois, ou en espagnol mais alors avec un très fort accent, en tous cas on n’accroche que quelques mots de temps en temps … Mais il a l’air gentil et d’avoir envie de parler. Quel contraste entre cette vie qui paraît rustre près de la nature et la production « in vitro » en bas ! Retour par le dernier bus que nous attrapons de justesse, bien repus de marche quand même, 25 km et 1200 m de dénivelée, ça vous fatigue un marin (et une marinette aussi).

 

Finalement, d’être allés dans la Sierra de Gador, la Sierra Nevada sa voisine ne nous a pas semblé si inaccessible qu’elle y paraissait … Et si on en profitait pour y aller ?? Le lendemain, nous louons une petite voiture pour quatre jours. Nous allons d’abord faire un après-midi d’escalade à proximité d’Almerimar, sur un petit site juste à côté de Celin.

 

Le petit site d'escalade près de Celin

 

Quelques courtes voies pour se remettre en jambes (et en bras) … avant d’aller tenter plus sérieux le lendemain, sur le site de Los Cahorros à Monachil, quelques kilomètres à l’est de Granada. C’est un grand site de grimpe avec plusieurs secteurs plus ou moins encaissés qui s’égrènent en rives droite et gauche d’un petit cours d’eau. Nous n’avons pas de topo, mais coup de chance, en demandant des renseignements à deux grimpeurs qui montent, nous tombons sur un Français. Il nous donne quelques conseils sur les secteurs où nous pourrons trouver des voies de notre niveau. Nous en ferons quelques unes dans la journée, ça fait du bien de retrouver le contact avec le rocher, mais quand même, les 5c et 6a sont bien tapés …

 

Dans un 6a bien tapé à Monachil

 

Après la grimpe, nous visitons un peu. Nous sommes dimanche, et il y a pas mal de randonneurs. Il faut dire que le coin est plutôt sympa : un pont suspendu à la Indiana Jones, un sentier étroit qui longe le ruisseau avec des mains courantes et des échelons pour passer les renflements de rochers sans tomber à l’eau, ou qui oblige à passer à quatre pattes par endroits (surtout quand on se balade avec de gros sacs pleins de matos d’escalade …). Un seul regret : de ne n’avoir pas eu le temps de visiter Granada, juste un petit arrêt panoramique sur la ville depuis la route qui monte à l’Alhambra. Une autre fois peut-être ?…

 

 

Philippe sur les sentiers de Los Cahorros, à Monachil

 

Lundi 27 septembre, nous nous levons de bonne heure : notre mission puisque nous l’avons acceptée, est de grimper tout en haut du Mulhacen, sommet de la Sierra Nevada et aussi de l’Espagne Ibérique, avec ses 3482 m. La petite Fiat Panda est bien remplie car nous avons embarqué les VTT, pour faire le sommet en vélo. A priori, une piste grimpe jusqu’en haut, il suffirait donc de faire de même … Au départ, nos ambitions étaient d’attaquer la piste depuis Capileira, ce qui aurait fait 53 km et quelques 2000 m de dénivelée. Finalement, nous continuerons en voiture jusqu’à Hoya de Portillo, gagnant ainsi 11 km et 500 m de dénivelée … ce qui ne sera pas plus mal. On se prépare, et on attaque, dans le matin frisquet à 2000 m.

 

Préparation dans le matin frisquet

 

 

Dans la montée vers le Mulhacen

 

La piste est bien carrossable, et zigzague entre les pins, puis la vue se dégage des deux côtés, et le sommet du Mulhacen apparaît, comme le dos rond de gros animal, accrochant quelques nuages. Nous loupons la bifurcation qui mène à la piste qu’il aurait fallu suivre pour aller jusqu’au sommet en vélo, ce qui fait qu’au col, il nous faut laisser nos montures et finir les 400 derniers mètres de dénivelé à pied. Mais c’est chouette quand même ! Le sommet est cosmopolite : des Anglais, des Allemands, des Français. Et hétéroclite aussi : sous la croix sommitale, un bric-à-brac de souvenirs divers : foulards, vieilles chaussures, porte-clés, drapeaux tibétains, et même une cravate !

 

Dernière montée à pied depuis le col

 

Nous y voilà !

 

On trouve de tout ...

 

Nous sommes à près de 3500 m, mais contrairement à l’Aneto qui porte un petit glacier à cette hauteur, le Mulhacen est sec. Un petit air de Ladakh …

Que ça fait du bien d’être là, en montagne ! Ça me remet la tête à l’endroit, me redonne confiance dans le voyage et optimisme pour la vie en général. A la descente, nous apprécions d’autant plus le vélo, allez hop d’une traite quasiment jusqu’à la voiture ! On a quand même mis veste, bonnet, et gants qui ne sont pas de trop en traversant le brouillard.

 

 

Descente vers le brouillard

 

En descendant de la montagne, nous ferons une petite halte « bière fraiche tapas » à Pampaneira, un village andalou typique, tout de blanc vêtu. Les couleurs vives des tapis, artisanat de la région, exposés dans les rues, ressortent d’autant plus.

 

 

Dans les rues de Pampaneira

 

Une balade à Almeria le lendemain, une soirée d’au-revoir autour de tapas avec Maria, Juan et Josianne, et nous partons au mouillage au pied du Castillo de Guardia Vieja à l’extrémité ouest de la baie d’Almerimar pour décoller le lendemain matin avec le vent d’est annoncé, direction Gibraltar.

Nous sommes déjà le 29 septembre 2010, et les journées d’automne raccourcissent à vue d’œil …



22/10/2010
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