Coeur Grenadine

Cœur Grenadine

 

 

Lundi 4 juillet 2011, en fin d’après-midi, Sahaya a rejoint brillamment le milieu marin. Pour la première nuit, nous restons accostés au quai du chantier, et le lendemain matin, nous rejoignons le mouillage. Nous y restons jusqu’au jeudi, le temps de refaire des courses, et de laisser le ciel se vider de quelques averses. Une nouvelle onde tropicale est annoncée, qui devrait nous tomber dessus le week-end. Mais ça semble assez versatile, une onde tropicale, car elle changerait finalement de cap. On décide donc d’appareiller jeudi, pour rejoindre Harpo qui doit être en principe mouillé à l’Ïle Ronde, à une dizaine de miles au sud de Carriacou. Le pilote automatique, qui s’était mis à remarcher, fait à nouveau des siennes. La panne ne s’est pas réparée toute seule donc, dommage, il va falloir regarder ça plus sérieusement à Grenade ... Deux bateaux sont mouillés devant la petite plage abritée sous le vent, Harpo, et Khaya, un joli bateau en bois moulé entièrement construit par Jean-Luc et Caroline. Nous mouillons entre les deux. Philippe plonge, et déplace l’ancre de plusieurs mètres pour essayer de la poser dans une zone de sable. Les fonds ne sont pas terribles pour l’accroche, sable et graviers de corail, sur une dalle dure. L’île est petite, bien verte, mais les accès sont gardés par une végétation aux piquants rébarbatifs. On ira juste explorer la plage vers le nord, jusqu’à buter contre des pas d’escalade peu engageants sur du rocher friable et glissant. Rendez-vous est pris le lendemain matin avec Harpo pour aller plonger et chasser.

 

Arrivée à l'île Ronde

 

Il ne peut pas s'empêcher de grimper !

 

 

Des colonies d'escargots blancs en marche

 

 

 

C’est versatile une onde tropicale … Le lendemain, c’est elle qui a pris rendez-vous avec nous, et pour toute la journée. Mais quel déluge ! Et ça n’arrêtera pas. Ah si, un moment d’accalmie nous fait sortir le nez de nos tanières pour aller nous balader sur la plage, accalmie qui dure jusqu’au moment où l’on fait demi-tour. On fera le retour sous une pluie battante. Tant pis pour la chasse, et tant mieux pour les poissons.

 

L'onde est là ...

 

Samedi 9 juillet, l’onde semble passée, et nous appareillons le matin pour Grenade. Il faut compter une vingtaine de miles jusqu’à Saint-Georges, la capitale, nous mouillons à l’extérieur. Une balade en ville nous fait découvrir de nombreuses maisons délabrées, sans toit ni fenêtres, souvenirs du passage fracassant du cyclone Ivan en septembre 2004, qui a ravagé Grenade. De grandes constructions de type colonial, et même des bâtiments officiels, sans doute reconstruits ailleurs, sont laissés à l’abandon depuis. Bordées de maisons de bois, colorées, et pour certaines, branlantes et de guingois, des rues dévalent des pentes dures à la San-Francisco jusqu’à la ville basse, avec la gare routière et le marché. Si Grenade doit son nom aux Espagnols qui y ont vu des traits communs avec l’environnement de leur ville andalouse, les colons anglais ont laissé leur empreinte : la langue déjà évidemment, mais aussi un style, le portrait de la reine Elizabeth II sur les pièces et les billets, et des habitudes alimentaires (qui s’américanisent comme ailleurs) dont les rayons des supermarchés donnent un aperçu, et dans lesquelles on opère un tri sélectif : jellys aux couleurs pétantes, grand choix de cakes and cookies, de sodas, mais aussi de tisanes et boissons à base d’épices et de gingembre. Par la vertu de quelque accord commercial dont la limitation de l’empreinte carbone ne semble pas l’enjeu majeur, les laitages, beurre, cheddar et mozzarella, viennent de Nouvelle-Zélande. Grenade garde aussi le souvenir d’une lointaine occupation française dans des noms qui ont pour nous une consonance familière : Lance aux épines, Pointe du Petit Trou, La Sagesse Bay, etc. Enfin, c’est « l’île aux épices », et les étalages du marché de Saint-Georges en proposent un assortiment, en particulier de la cannelle et des noix de muscade. J’achète un paquet, le plus petit, mais qui pourra bien me durer au moins dix ans !

 

Départ de l'île ronde

 

 

 

Dans les rues de Saint-Georges

 

"Tu n'échoueras jamais tant que tu n'arrêteras pas d'essayer", une bonne maxime

 

Lundi 11 juillet, nous décollons de Saint-Georges pour un tour rapide dans Prickly Bay, mais Pollen nous conseille plutôt de pousser jusqu’au mouillage suivant de Hog Island, pour attendre le passage de la prochaine onde tropicale plus à abri des vents de sud-est. Dans la nuit, quelques rafales fortes mais courtes nous font sortir dans le cockpit pour un petit coup d’œil de vérification, mais sans plus. Et le matin, surprise au réveil tardif : on a dérapé de près de 20 m, notre voisin de derrière d’hier est devenu notre voisin de bâbord aujourd’hui, et on a eu de la chance de ne pas l’avoir embouti pendant la nuit … On remouille.

 

Le mouillage de Hog Island est un peu perdu, mais il est assez facile de rallier Prickly Bay et Saint-Georges en bus pour les courses, le marché, etc.

Après quelques jours de tentative de repos, Philippe se décide enfin à s’occuper de ce qui fâche : le pilote automatique. Après maintes réflexions, un diagnostique s’impose : ça pourrait bien être un problème de charbons sur le moteur de la pompe hydraulique. Philippe part donc à l’attaque dans les fonds arrière pour démonter la pompe. Opération réussie, il en extrait la platine portant les fameux charbons et effectivement la panne ne peut venir que de là : des charbons, il ne reste que d’infimes chicots, on se demande même comment ça pouvait encore marcher ! Reste maintenant à trouver les charbons adéquats depuis le fond d’un mouillage un peu perdu. Par chance (façon de parler !) Eric de Pollen vient d’avoir un sérieux problème de démarreur, mais il a une bonne connaissance sur le mouillage : un couple d’Anglais tourdumondistes sur un magnifique voilier en bois de 1904, 34 tonnes et 18 m, qui connaissent bien Grenade et les bons plans pour se sortir des problèmes. Ils nous indiquent un type qui semble se débrouiller de tout ce qui est électrique, dans une vieille baraque devant laquelle trône et traine un bric-à-brac de moteurs, machines à laver, etc. Eric y dépose son démarreur et Philippe la platine de charbons à changer. C’est ok on doit revenir le lendemain. Bien sûr pour nous, ce serait trop simple, les charbons sont trop petits, et il nous faudra y retourner encore deux fois pour que le gars nous trouve enfin les bons « brushes ». Il ne reste plus qu’a tout remonter et, miracle, ça marche !

 

Hog Island : un bon bout de route en annexe pour aller chercher le bus

 

4x4 maraicher

 

 

Au marché de Saint-Georges

 

Le temps passe, et nous revenons légèrement vers l’ouest, pour deux jours au mouillage de Mount Hartman Bay. Lundi 18 juillet, nous sommes de retour au mouillage devant Saint-Georges, avec Harpo et Khaya, et mardi 19 juillet, nous décollons pour une navigation groupée vers la Blanquilla, île au large du Venezuela, à environ 160 miles d’ici. Nous devrions y rejoindre Pollen, qui a pris de l’avance depuis samedi.



19/08/2011
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